Les Fleurs ~ Alphonse de Lamartine

Les Fleurs

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O terre, vil monceau de boue

Où germent d’épineuses fleurs,
Rendons grâce à Dieu, qui secoue
Sur ton sein ses fraîches couleurs! 

Nous dirions: A quoi bon poursuivre
Ce sentier qui mène au cercueil ?
Puisqu’on se lasse en vain à vivre,
Mieux vaut s’arrêter sur le seuil. 

Mais pour nous cacher les distances,
Sur le chemin de nos douleurs
Tu sèmes le sol d’espérances,
Comme on borde un linceul de fleurs ! 

Et toi, mon cœur, cœur triste et tendre,
Où chantaient de si fraîches voix;
Toi qui n’es plus qu’un bloc de cendre
Couvert de charbons noirs et froids, 

Ah! laisse refleurir encore
Ces lueurs d’arrière-saison !
Le soir d’été qui s’évapore
Laisse une pourpre à l’horizon. 

Oui, meurs en brûlant, ô mon âme,
Sur ton bûcher d’illusions,
Comme l’astre éteignant sa flamme
S’ensevelit dans ses rayons !

Alphonse de Lamartine 

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