La Piscine Molitor revisitée ..

Stupidement, j’ai cru moi aussi pouvoir m’offrir à l’occasion un bain dans ce cadre splendide d’autant plus que j’affectionne tout particulièrement l’ART DECO. Quelle surprise de découvrir en lisant la presse dans lesquels les papiers se multiplient et les voix qui s’élèvent bien tardivement pour dénoncer cette situation incomphérensible par les Parisiens et autres amateurs de baignade. Comment l’état, la mairie de Paris n’a pas trouvé les moyens financiers pour éviter de remettre ce projet de réabilitation entre les mains d’investisseurs privés qui bien logiquement privilégient le luxe et le retour sur investissement.

Touristes mais uniquement fortunés n’auront accès à ce domaine privilégié  » ART DECO  » revisité et contreversé en matière d’architecture .. aussi !

Nous connaissons tous l’intêret, tout particulier, de Jacques Chirac pour les Arts Premiers d’où la réalisation de son Musée du « Quai Branly » que j’apprécie beaucoup personnellement. Mais delà, à refuser catégoriquement, de tenter de lever des fonds afin d’éviter de détruire cet édifice, je n’en reviens pas. Tant d’argent est investi ailleurs et parfois contraire à la loi de 1901 et comme d’autres projets sans peu d’intérêts ; les exemples ne me viennent pas à cet instant et je ne parle pas des stades de football ..

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 L’indécente piscine Molitor..

 

ART DECO

1989, JACK LANG ÉCRIT À JACQUES CHIRAC

Comment en est-on arrivé là ? En 1989, la piscine ferme : elle est dangereuse, le concessionnaire ne réalise pas les travaux nécessaires. La démolition est programmée.

Le 1er septembre 1989, Jack Lang, alors ministre de la culture, écrit à Jacques Chirac, maire de Paris : « L’architecte des bâtiments de France vient à juste titre de refuser le permis de démolir. (…) Je suis, en ce qui me concerne, disposé àmettre en œuvre tous les moyens dont je dispose pour en assurer la sauvegarde et la mise en valeur. »  Chirac lui répond : « La ville de Paris ne saurait assumer, sans participation financière de l’Etat, les conséquences d’un choix où elle n’a eu aucune part. »

Dialogue de sourds. Le temps passe, la ville ne fait rien pour sauver le site emblématique. Les projets d’hôtels, logements et commerces avec parkings s’enchaînent. Tous rejetés. Les empoignades sont musclées. Au Conseil de Paris, en 1998 : « La ville ne défend pas ses intérêts financiers tout en gaspillant son patrimoine. Pour quels intérêts ?, demande Laure Schneiter, conseillère municipale du Mouvement des écologistes indépendants (…) Vous allez dépenser des dizaines de millions pour le réaménagement du Parc des Princes. (…) Je voterai contre ce massacre. »

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L’indécence municipale.

Ne jetons pas la pierre à la seule équipe Delanoë, pendant 25 ans, les différents édiles parisiens (Chirac et Tiberi) n’ont rien fait, laissant à l’abandon la piscine puis aux graffeurs le soin de détériorer définitivement le bâtiment. La seule responsabilité de l’équipe sortante a été de choisir un bail emphytéotique administratif de 54 ans (4 ans d’études et travaux, 50 ans d’exploitation) pour réaliser ce projet.

L’excuse de ce choix a été le même que le Stade Jean Bouin et le zoo de Vincennes tous deux réalisés en PPP : l’incapacité de la ville de Paris à supporter de tels investissements pour des activités non rentables. Mais alors comment se fait-il que le cinéma le Louxor ait été brillamment sauvé par la ville de Paris pour la modique somme de 29 millions d’euros ou encore que penser du financement d’un lieu de culte pour quelques millions d’euros au détriment d’un véritable service public du sport, ici dans le XVIème qui souffre d’un réel déficit d’équipement ?

Une piscine seule, sans hôtel, spa, et luxe démesuré n’aurait pas coûté 65 millions d’euros. Néanmoins, la mairie de Paris reste fière de ce projet qui, affirme-t-elle, a permis la sauvegarde de la piscine Molitor. Sauvé vraiment ?

L’indécence architecturale et patrimoniale.

Dans un article paru dans la Tribune de l’Art, Didier Rykner s’insurge à juste de titre de « l’imposture patrimoniale » de cette « restauration » qui n’en est pas une. Le bâtiment original de Lucien Pollet, architecte, a été rasé intégralement, seul un mur de façade a été conservé. L’image de Google Earth prise pendant les travaux et visible ici montre les ombres projetées de la façade principale restée seule debout comme un décor de cinéma en carton. Le bâtiment a été entièrement reconstruit, surélevé, modifié, interprété, pastiché. C’est la négation de l’architecture et du patrimoine. La presse nationale idiote récite aveuglement le communiqué de presse de l’établissement : « les balcons ont été sauvés, moulés, puis refaits à l’identique, les cabines de douches sont conservées… ». Alors que tout est bidon.

Alors que tout est bidon. C’est à se demander l’intérêt d’avoir classé cette piscine à l’inventaire du patrimoine et des monuments historiques si l’argent peut tout acheter, tout raser, tout reconstruire pour une clientèle internationale avide de 5***** toujours plus standardisé.

MOLITOR

L’indécence financière. 

Comme nous l’avons vu, la presse s’occupe bien de la publicité de la piscine Molitor, c’est ainsi que nous avons eu connaissance des tarifs, 300 euros la chambre avec accès au spa, la piscine, la terrasse… Mais ce n’est pas tout, cet établissement géré par le groupe Accor sera un club de fortunés dont l’adhésion se fera par cooptation avec 1200 euros de droit d’entrée et 3300 euros l’année. Les pauvres riches qui ne pourront pas accéder au Graal de la carte de membre pourront se rabattre sur une journée au bord de la piscine à 180 euros.

Des élus parisiens socialistes se sont émus de ses tarifs, mais comme le rappelle Julien Bargeton, adjoint aux Finances de la mairie de Paris: « les termes du contrat conclu -un bail emphytéotique administratif- ne permettent pas l’intervention de la Ville dans la fixation des tarifs ». Imaginez une seule seconde que la droite aux affaires eut fait un tel projet, que n’aurait-on pas entendu de la bouche des socialistes d’opposition ?

L’indécence de ces tarifs n’a d’égale que l’indécence architecturale et patrimoniale de ce projet pastiche vulgaire fruit du cerveau cupide de fonds d’investissements. Comme nous l’avons vu précédemment avec le cas de la Samaritaine, les règlements urbanistiques et patrimoniaux, pourtant décidés par ceux qui les condamnent, ne servent à rien. On peut s’asseoir dessus en rasant un bâtiment classé en le défigurant.

Les défenseurs absolus de la modernité s’offusquent dès lors que l’on s’oppose à tel ou tel projet au nom du patrimoine – non pour figer la ville mais pour la respecter, la sublimer – pour surtout ne pas faire de Paris une ville musée, comme si le musée était quelque de chose de sale. Un musée, ça tourne, ça instruit, ça propose des expositions permanentes mais aussi des temporaires, c’est vivant un musée. A l’inverse, Paris se transforme en ville hôtel, de la Poste du Louvre à la Samaritaine en passant par cette piscine, le patrimoine de parisien est offert sur un plateau à toujours d’investisseurs privés pour le transformer en suite avec vue.

A choisir, je préférais toujours un musée à un hôtel.

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